"Mon père était un petit fils d'esclave, son père avait été esclave. Lui il était de 1869. Son père avait donc été déjà libéré, j'ai tenu en mains son acte de naissance..."
Née en 1923. Elle témoigne de ce que sa mère lui a raconté sur la libération en 1848. Scènes de joie mais aussi de colère : des esclaves se sont ainsi vengés de leur maître en le castrant !
"J'avais 7 ans quand on a commencé à parler de ça. Maman parlait de l'esclavage, elle disait qu'il y avait des gens au Vauclin qui vivaient l'esclavage..."
Née en 1916. Elle témoigne de ce que lui a raconté sa grand-mère qui a grandi sur une habitation auprès de son père et de sa mère qui étaient alors esclaves
Né en 1924. Il est, comme on dit en Martinique, un Béké, et descend d’une famille qui eut des esclaves. Traumatisé par cet héritage, il est devenu prêtre pour rapprocher les hommes.
"Mon ancètre avait des esclaves comme tout le monde, c'était général. Mais nous, jeunes gens, nous trouvions ça hideux, honteux. Prendre des êtres humains comme nous..."
Née en 1918. Elle parle de son grand-père, un mulâtre condescendant, et de son arrière-grand-mère qui possédait des esclaves et n’hésitait pas à les fouetter.
"Mon arrière-grand -père était un colon de Bretagne. Mon arrière-grand-mère était une femme de tête. Veuve très jeune elle s'est armée de courage et a fait fructifier la propriété avec ses petits-fils... elle fouettait ses chevaux et ses esclaves."
Née en 1933. Elle témoigne de ce que sa grand-mère lui a dit de sa belle-mère, une esclave qui a tout vécu : la capture en terre africaine, la traversée en bateau, la servitude et l’abolition.
"C'est ma grand-mère qui m'a tout raconté. Ils étaient des mulâtres affranchis depuis longtemps... Sa mère était une femme blanche qui est tombée amoureuse d'un mulâtre..."
Née en 1917. Elle parle de sa grand-mère qui fut esclave et hérita de la propriété de son maître lorsqu’il rentra en France. Elle évoque également une pratique de sorcellerie sur l’habitation.
"Mon grand-père était petit-fils d'une esclave. Sa grand-mère Sophie était une belle métisse et le maitre voulait l'avoir... Le maître a fait appeler le papa de Sophie..."
Née en 1907. Elle explique que sa famille ne lui a jamais parlé de l’esclavage et que le sujet était également tabou dans son école, ce qui ne l’a pas empêché de s’informer toute seule.
"J'ai vu les personnes enfermées... quand je dis ça, ça me fait mal..."
J’ai créé ce site pour donner la parole aux « anciens » afin qu’ils disent l’esclavage tel que leurs grands parents et arrière-grands-parents l’ont directement vécu et eux-mêmes raconté à leurs enfants et petits-enfants d’alors, devenus aujourd’hui septuagénaires, octogénaires, nonagénaires et centenaires. Avec Daniel Sainte-Rose et sa caméra, nous avons sillonné la Martinique et recueilli ces témoignages uniques pour qu’ils servent à l’Histoire.
Serge Bilé